Kalavrita, c’était le 2 juin dernier


Eygluy a eu la chance d’héberger un spectacle hors du commun : Kalavrita, c’était le 2 juin dernier. Une journée anormalement glaciale, mais les spectateurs n’ont pas regretté d’avoir bravé le froid pour assister à cette œuvre exceptionnelle : un récit porté par deux comédiens : Isabelle Bouhet et Philippe Campiche, et trois musiciens : Julie Campiche (harpe), Alexis Gfeller (piano), Jacques Bouduban (violoncelle). En tournée dans le sud de la France, cette troupe de talent s’est arrêtée dans l’Église du hameau d’Eygluy, grâce au fait que l’un des artistes est copropriétaire d’une résidence secondaire de la commune. « Une fois l’histoire commencée, explique une des habitantes du village, nous étions suspendus aux lèvres des comédiens ». « L’émotion était palpable, tout le monde retenait son souffle, et certains leurs larmes », explique une autre spectatrice.

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L’histoire : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 13 décembre 1943, les troupes allemandes, harcelées par les résistants, encerclent le village de Kalavrita, en Grèce. Les1300 hommes âgés de 16 à 70 ans seront emmenés par les nazis, et exécutés par groupe de dix. Le massacre a duré trois heures. Pendant ce temps, les femmes du village sont restées enfermées dans l’église et ne purent sortir qu’une fois le drame terminé. Le spectacle nous apprend ce qu’elles ont fait ensuite. Elles ne pouvaient enterrer les hommes, du reste les croque-morts faisaient partie des tués, il n’y avait personne pour bénir les dépouilles, le curé avait lui aussi été exécuté, personne pour construire les cercueils : les menuisiers étaient morts eux aussi. Et pourtant la vie exige que les femmes s’activent : les bêtes ont faim, les enfants tombent de fatigue, les vieux doivent être réconfortés. Kalavrita, c’est toute l’horreur de la guerre, c’est l’inhumanité dont les hommes se montrent alors capables. Mais c’est aussi l’énergie positive, la créativité, la solidarité qui se révèlent, parce qu’il le faut. Le pire et le meilleur. Les comédiens parfaits (sobres, concentrés et expressifs) et la musique magnifique montrent ainsi une lueur de beauté et d’espoir qui nous fait signe au bout du tunnel. Le cadre de l’Église d’Eygluy récemment rénovée et haute en couleurs s’est prêté admirablement à l’écoute de cette page d’histoire, peu connue, qui s’est reproduite ailleurs aussi à l’époque, et aujourd’hui encore.